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Арт-процесс :: Публикации

"Великий московский художественный путч"
16 июня 2004

13 июня французская "Монд" поместила на своих страницах три больших материала об актуальном российском искусстве, довольно хаотично, но красочно рассказывающих о "новых русских меценатах", тяжелых, но не лишенных перспективы буднях галериста в Москве, об отсутствии инициативы со стороны музеев, но избытке таковой со стороны художников, – в общем, цитируем "Монд", о "жизни в розовом свете на Красной площади". // полностью...









A Moscou, le grand putsch des Artistes

Harry Bellet
Le Monde

13.06.2004

Avec le soutien de riches collectionneurs privés, les créateurs russes contemporains font preuve d'une vitalité et d'une solidarité qui défient le pouvoir des critiques et des institutions.

Moscou de notre envoyé spécial

La chanson des Pink Floyd, The Wall, jaillit à fond des haut-parleurs. Il faut bien ça: à près de 80 kilomètres-heure, les heurts du canot automobile qui file sur les clapots de la Moskova sont un peu bruyants.

L'engin appartient à un riche Russe, Alexandre Ezhkov, promoteur immobilier et marchand de matériaux de construction. Il aime les bateaux: il a donc acquis une marina à une vingtaine de kilomètres de Moscou, pour y amarrer ses hors-bord, plus deux ou trois dériveurs de classe olympique, et confié à un architecte remarquable, Totan Kuzembaev, le soin de bâtir un restaurant et quelques bungalows pour ses copains. Alexandre Brodsky en a aussi érigé quelques-uns.

Sur la jetée se dressent de curieuses bittes chantournées, comme sorties d'un roman de Jules Verne. Ce sont des œuvres du sculpteur Kirill Alexandrov, souvenirs de l'édition 2003 d'Art Kliazma, un festival qui se tient là chaque année à la fin du mois d'août. Car, outre les voiliers, M. Ezhkov aime les artistes. Alors il les invite chez lui, les aide à dégager un budget, entre 70 000 et 100 000 dollars, pour produire les œuvres, et les laisse gérer l'ensemble. Ce qui n'est pas du goût de tout le monde.

"Je ne veux pas en dire du mal, explique Victor Misiano, fondateur de la Moscow Art Review, mais c'est plus une fête qu'une exposition. C'est antiprofessionnel, car fait pour et par les artistes, et sans les commissaires." La réflexion laisse pantois, mais elle doit être amère. Car, si lui n'en est pas, il y a des commissaires à Art Kliazma, comme la Française Anne Landréat, qui a participé à l'actuelle exposition "Passage d'Europe" du Musée de Saint-Etienne, ou Olga Lopukhova, une femme d'un dynamisme singulier qui a organisé de nombreuses expositions non officielles et se présente comme "asociale". Avant d'ajouter: "Dans certaines circonstances, je peux même devenir terroriste."

Seulement voilà, ce sont les artistes qui les choisissent et non l'inverse. Festif, l'événement l'est certainement. Antiprofessionnel, c'est moins sûr: la dernière édition a vu la participation du galeriste new-yorkais Jeffrey Deitch, le gourou de l'art contemporain de Manhattan.

Qu'allait-il faire dans cette galère? Sans doute la même chose que Lorenzo Rudolf, qui dirige la Foire de Palm Beach, Samuel Keller, son homologue de Bâle, Ursula Krizinger, galeriste à Vienne, le représentant de Hauser & Wirth, un des plus puissants marchands d'art contemporain du monde, mais aussi des spécialistes de Christie's ou Sotheby's, et on en oublie: tous viennent humer l'odeur d'une nouvelle tartine de miel, celle de l'ours russe.

C'est que les événements se bousculent: outre la Biennale de photographie, dirigée par Olga Sviblova (Le Mondedu 24 avril), Moscou vient d'organiser, du 25 au 30 mai, sa huitième Foire d'art contemporain. Et envisage de réaliser une biennale internationale (Nicolas Bourriaud, qui codirige le palais de Tokyo, et Hans-Ulrich Obrist, du Musée d'art moderne de la ville de Paris, sont parmi les commissaires invités). Avec 45 galeries, dont deux étrangères, la foire est des plus modestes. Mais les artistes témoignent d'une belle énergie, que tempère un habitué, Alexandre Lepnitzki, une figure du rock russe: "C'est devenu sérieux. Avant, ça sentait le shit. Maintenant, ça sent l'argent."

Vasiliy Bychkov, le directeur de la foire, confirme: "Les galeries avaient annoncé un chiffre d'affaires de 600 000 dollars en 2003. Il a plus que doublé cette année. Mais tout est plus propre, plus net, plus policé, et les artistes sont moins radicaux. Peut-être en réaction à ce qui se passe dans la société?"

Pourtant, rares sont les pays où les artistes sont aussi immergés dans l'environnement social. Comme Nicolas Polissky. Autrefois peintre paysagiste, il cherchait l'inspiration dans un coin de campagne à 200 kilomètres de Moscou, près d'un ancien kolkhoze si enclavé qu'il dépérissait. Un hiver, il fit des bonshommes de neige. Deux ou trois seulement, avant de repartir pour Moscou. A son retour, les villageois avaient poursuivi le travail: 220 bonshommes dévalaient la colline jusqu'au fleuve.

Le dégel venu, il décida de faucher l'herbe de la prairie. Là aussi, les villageois lui prêtèrent la main. Ensemble, ils construisirent une ziggourat de foin, de 10 mètres de haut. Qui ne servait à rien. "Il a fallu les convaincre qu'on pouvait travailler trois mois sur un projet qui ne soit pas fonctionnel. Alors, ils se le sont approprié. En sont devenus fiers. L'un m'a même avoué qu'il avait cessé de boire." Quelques pyramides de bûches et ponts de neige plus tard, ils ont réalisé tout un village d'osier, aujourd'hui installé dans la marina de Kliazma. Ils y ont fait pousser, sur une tour, des légumes qui furent mangés pendant le festival. Au kolkhoze déserté, les 400 habitants ont redonné un sens à leur vie et appris que le monde est plus vaste qu'ils ne le croyaient: trois mille visiteurs sont venus à eux pour assister à l'autodafé du beffroi de bûches.

"Les critiques m'ignorent, dit Polissky, ou pensent que je fais de l'ethnologie. Cet art qui embrasse le champ social leur échappe. En Russie aussi, l'art devient un produit vendable: le mien ne l'est pas." Les critiques l'ignorent peut-être, mais pas les artistes. Il règne entre eux une solidarité rare: lors de la foire, Oleg Kulik, une des vedettes de l'art contemporain russe, entraîne des collectionneurs devant l'œuvre bondissante d'Alexandre Ponomarev (Le Monde du 9 août 2003) et leur en conseille l'achat. Ponomarev pour sa part nous présente Polissky, mais aussi Alexandre Konstantinov, dont les surprenantes abstractions géométriques sont pourtant apparemment aux antipodes de ses préoccupations.

Il nous entraîne également vers Dubosarski et Vinogradov, qui, après leur participation à la Biennale de Venise, pourraient se contenter de faire une carrière internationale, mais préfèrent monter des expositions avec les copains. Art Kliazma, dont ils sont une cheville ouvrière, mais également un objet étonnant présenté à l'entrée de la foire, une maquette du bâtiment du Manège, ravagé par un incendie le 14 mars. Dans ce mètre cube de carton, ils ont organisé avec leurs amis une biennale de poche, une biennale portable.

En attendant l'autre, la vraie, dirigée par Joseph Backstein, qui doit regrouper en janvier 2005 des artistes choisis par des commissaires invités qui tous, sauf un ou deux, viennent de l'Ouest. Les augures sont pessimistes. L'argent public manque, les sponsors aussi. Les artistes sont pour leur part déjà au travail. Infatigables, Dubosarski et Vinogradov ont persuadé quelques oligarques, qui viennent de racheter une île en plein centre de Moscou, où était installée la plus célèbre usine de chocolat soviétique, de la marque Octobre rouge, de la leur prêter!

Vladimir Dubosarski explique: "C'est idéalement situé, proche du Kremlin, de la galerie Tretiakov et du Musée Pouchkine. En attendant qu'ils la transforment en îlot doré, ce qui devrait prendre quatre ou cinq ans, ils ont accepté de nous laisser les lieux. Nous y installerons des boutiques, des galeries, mais aussi des expositions "non-profit", des défilés de mode, des spectacles. Après le boom d'il y a douze ans, tout s'est arrêté. Nous avons survécu, comme on pouvait, mais ça nous a blindés. Le pays monte à nouveau. Les gens ont changé. Nous aussi. On a commencé à bouger, à voyager. On a pris du poids."

Il espère que ce Chelsea-sur-Moscova attirera des galeries étrangères: "Moscou peut redevenir une ville internationale. Nous sommes prêts pour cela." Bref, les artistes russes réclament, sans le dire, le pouvoir aux soviets, ce qui n'est pas toujours du goût des commissaires, qu'ils soient politiques ou d'exposition. Mais, grâce à eux, Moscou remue comme jamais.






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